Le président de la Commission européenne a été vivement interpellé par le groupe socialiste et hué par les élus communistes. Les anciens tenants du “non” à la Constitution européenne et José Manuel Barroso se sont livrés en plein hémicycle à une passe d’armes sur les réformes institutionnelles et la directive Bolkestein. Seizième personnalité étrangère à intervenir à l’Assemblée nationale, le président de la Commission européenne a été vivement interpellé par le groupe socialiste et hué par les élus communistes.
“Il y a un risque en Europe que les partis qui sont en opposition dans leurs pays (…) puissent transférer sur le plan européen leur fonction d’opposition”, a estimé l’ancien Premier ministre portugais, déplorant que sa commission ait été “dès le début” caricaturée comme libérale. “Je vous demande, à ceux qui sont pour l’Europe, de faire un effort, de mettre au-dessus des divergences politiques et idéologiques le compromis pour l’Europe”, a-t-il lancé sur un ton très combatif, dans un mélange de sifflets et d’applaudissements.
Le président du groupe communiste, Alain Bocquet, a réclamé le “retrait pur et simple” de la directive sur la libéralisation des services, autour de laquelle l’opposition à la Constitution européenne s’était cristallisée au printemps dernier. De son côté, le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé “l’obstination” de l’exécutif européen à maintenir la directive Bolkestein, qui doit être examinée par le Parlement européen le 14 février.
La France, qui compte déjà 700 entreprises en Pologne, “a tout à gagner avec la libéralisation des services”, leur a répondu José Manuel Barroso, toujours plus remonté. “Si vous voulez maintenir les valeurs et le modèle européens, il faut avoir le courage de moderniser nos politiques et de réformer nos économies (…) Ce n’est pas avec des discours contre les entreprises que vous allez créer plus d’emplois et plus de croissance pour l’Europe”, a-t-il souligné, déclenchant une nouvelle bronca dans les rangs de la gauche.
Laurent Fabius, qui fut le chef de file des socialistes pour le “non”, était absent, de même que plusieurs élus UMP “souverainistes”, comme Jacques Myard. Devant les députés, Barroso a plaidé pour une relance de la dynamique politique pour entraîner la dynamique institutionnelle “et non l’inverse” et en a appelé à “l’extraordinaire capacité de rebond” de la France.
“Je lis ici ou là que la France serait atteinte d’une mélancolie, voire d’un malaise. Je me demande si le pays de Molière ne céderait pas à la tentation du malade imaginaire”, a-t-il lancé. La France et les Pays-Bas ont rejeté l’an dernier le traité constitutionnel, dont le processus de ratification a été mis en sommeil par les dirigeants des 25 jusqu’en 2007. “Le fait que nous n’avons pas eu le traité constitutionnel ne doit pas être une excuse pour la paralysie”, a fait valoir José Manuel Barroso, qui reste “complètement attaché aux valeurs de la Constitution”.
A l’issue de son discours d’une quinzaine de minutes, les élus UMP et UDF lui ont offert une standing ovation alors que les députés de gauche restaient assis. Seuls quelques socialistes, comme Elisabeth Guigou et Dominique Strauss-Kahn, l’ont applaudi. “Vous venez quand vous voulez, c’est plus agité que les questions d’actualité”, lui a alors lancé Jean-Louis Debré mi-goguenard, mi-ébahi. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, retenu par ailleurs, n’a pas assisté à la séance. Seuls cinq ministres étaient sur les bancs du gouvernement: Philippe Douste-Blazy (Affaires étrangères), Renaud Donnedieu de Vabres (Culture), Dominique Bussereau (Agriculture), Christine Lagarde (Commerce extérieur) et Henri Cuq (Relations avec le Parlement).

