Contrat première embauche
mars 7, 2006
Pèlerin (Paris) – Etudiants et syndicats disent dans la rue leur refus du Contrat première embauche (CPE). Cette loi, c’est indéniable, introduit une régression en matière de droit du travail, en autorisant les licenciements au cours des deux premières années, sans obligation de les justifier. Et l’on peut comprendre que les jeunes se mobilisent contre une mesure qui semble instituer définitivement la précarité de l’emploi qu’ils connaissent déjà à travers les stages, les CDD et l’intérim.
Mais le droit du travail peut-il ignorer la réalité de la vie des entreprises, confrontées
à la concurrence ? Sans idéaliser le CPE, on peut imaginer qu’il permette à des patrons d’embaucher avec moins de réticence lorsque se présenteront des opportunités de marché, fussent-elles temporaires. Le revers probable étant, cela est vrai, une plus grande fréquence des licenciements, mais dans un contexte où la fluidité même du marché de l’emploi diminuerait la durée du chômage.
Il y a quelque chose de désespérant à cette mobilisation sans nuance contre le CPE, en l’absence de toute alternative. Sauf à faire de tous les jeunes des fonctionnaires, en creusant plus encore le déficit de l’Etat et la dette publique.
Autour de nous, le monde a changé. Le constat ne vaut pas résignation. Mais il appelle à ne pas s’illusionner sur la possibilité d’échapper aux contraintes du temps.
Peut-on laisser croire à la jeunesse qu’elle pourrait, demain, accéder sans problème aux droits sociaux bâtis au temps des Trente Glorieuses alors même qu’ils sont aujourd’hui menacés pour tous ? Il se pourrait qu’autant de compassion ne soit qu’une manière déguisée pour les « salariés protégés » de refuser toute remise en cause de leurs propres avantages et donc une réelle solidarité entre générations dont, pourtant, ils se font les chantres.
Il nous faut repenser le « modèle français » aujourd’hui en échec, négocier avec les partenaires sociaux un nouveau type de contrat de travail accessible à tous. Dans cette perspective, le CPE n’est sans doute pas la panacée. Mais chaque citoyen reste libre d’en sanctionner, au besoin, les dérives lors des prochaines échéances électorales.
René Poujol est directeur de la rédaction de Pèlerin
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